Salut à toi,
On savait une chose, bien avant de visiter une maison : on voulait voyager. Plusieurs mois, voire plusieurs années. Pour ça, il fallait soit des revenus à distance, soit un capital de départ conséquent.
Côté immobilier, on hésitait entre deux stratégies. Ma copine était plutôt convaincue par l'immeuble de rapport : plusieurs appartements, plusieurs loyers. On avait visité plusieurs petits immeubles, à 1h30 maximum de Lyon. Aucun coup de cœur. Moi, je penchais plutôt vers l'achat-travaux-revente. On s'était mis d'accord : on restait ouverts aux deux options.
Avril 2021. On visite une maison.
Il fait noir dedans. Les fenêtres du rez-de-chaussée sont murées, du parpaing à la place du verre. Des toiles d'araignées partout. Le plafond du salon qui se décolle.
C'est la seule maison qu'on aura visitée. On n'ira pas voir ailleurs.
Moi, je suis très motivé. Ma copine, moyennement convaincue, mais elle me fait confiance. On se dit "go", ensemble. (J'avais déjà acheté mon appartement en solo quelques années plus tôt. Pour elle, c'était son premier achat.)
On est les troisièmes à visiter ce jour-là. Les deux premiers ont déjà posé une offre au prix : 275 000 €.
L'agent immobilier est clair : les propriétaires refusent toute offre négociée. Si on veut la maison, c'est au prix, point.
On réfléchit quelques heures. On voit au-delà du noir et des toiles d'araignées : la surface, le potentiel, des cloisons à faire tomber, un grenier à aménager.
On fait une offre au prix.
Les clés, et surtout du boulot
31 juillet 2021. On a les clés.
Avant même ça, on avait fait chiffrer les travaux par une entreprise de rénovation : casser des cloisons, créer un passage vers le grenier. Ce grenier aménagé, à lui seul, nous fait gagner entre 30 et 40 m² loi Carrez, et plutôt 60 à 70 m² au sol. C'est la vraie plus-value du projet.
Une fois les clés en main, on prend en charge la démolition nous-mêmes. Avec ma copine, ma famille, des amis. Casser le parpaing des fenêtres murées, abattre les cloisons.
Quatre week-ends en plein été. Des moustiques partout. Et un rêve de gosse réalisé : démolir un mur à grands coups de marteau.
À partir de septembre, l'entreprise commence le gros œuvre : plomberie, électricité, nouvelles cloisons, carrelage. On passe de temps en temps pour suivre l'avancement. Je me souviens d'un jour où je suis intervenu pour dire aux ouvriers de carreler toute la salle de bains, sans quoi ils allaient mélanger carrelage et parquet au milieu de la pièce.
Fin novembre, on prend en charge la peinture nous-mêmes. Le soir, après le travail. Le week-end. Il fait froid, il fait noir (pas d'électricité), l'eau est froide (pas de chauffe-eau). On nettoie les pinceaux à la lueur d'une lampe.
On ne parle plus que de la maison. On en rêve, littéralement, la nuit.
Début décembre, la cuisine est livrée. Posée en une journée, peut-être deux. Après des mois à voir la maison en chantier, c'est la première étape de finition qu'on voit vraiment. On a le sourire jusqu'aux oreilles pendant plusieurs minutes, le temps de prendre des photos et de discuter avec l'ouvrier qui vient de la poser.
18 décembre 2021. On emménage.
Rien d'autre n'est fini. Le jardin, l'avant de la maison : à refaire entièrement. La cuisine flambant neuve donne sur un salon encore en plein chantier. On protège tout avec du plastique pour limiter la poussière.
Coût total, frais de notaire inclus, avant travaux : environ 307 000 €. Travaux compris (cuisine, terrasse agrandie, Velux dans les combles, jardin avant, portail électrique, sol refait) : on tourne autour de 470 000 à 480 000 € tout compris.
Le plan, et ce qui l'a changé
Le crédit, on l'a pris sur 25 ans à la Caisse d'Épargne, avec des phases de différé pour absorber les travaux.
Le plan : acheter, rénover, revendre. On visait une revente entre 500 000 et 550 000 €. Soit une plus-value de 20 000 à 70 000 €, selon le scénario.
Fin 2021, début 2022, le marché immobilier était en pleine hausse. Le calcul tenait.
Puis la guerre en Ukraine a éclaté. Le marché immobilier a été plombé du jour au lendemain.
On a dû s'adapter.
Le vrai déclic
En parallèle, on était épuisés tous les deux. Des semaines de discussion, de remise en question. On arrive à une conclusion simple : si on a fait tout ça, autant en profiter. Habiter la maison, se reposer, plutôt que de revendre dans la précipitation.
J'étais l'optimiste du duo : je pensais qu'on finirait les travaux restants en 6 mois. Ma copine ne m'a jamais suivi sur ce délai. Elle avait raison.
On a mis toute l'année 2022.
C'est aussi cette année-là que nous passons en freelance, elle et moi.
2023, après un an en freelance, je décide de terminer ma mission. Juin 2023 : la maison est enfin louée.
Le freelancing nous a aussi permis de mettre de côté, ce qu'on ne faisait pas vraiment avant. Et la maison, une fois louée, oscille entre cash flow positif et négatif selon les périodes. Positif les premiers mois de location, en plein différé de crédit. Léger négatif le reste du temps. Une trésorerie vivante, pas un chiffre figé.
Ce que je retiens
Voyager plusieurs mois, voire plusieurs années : c'était l'objectif depuis le début. Pas un plan B, pas un changement de direction. La vraie question, c'était comment financer ce temps sans revenu actif : des revenus à distance, ou un capital de départ.
La maison devait nous donner ce capital, via la plus-value d'une revente rapide. La guerre en Ukraine a fermé cette porte. Le loyer mensuel, lui, est resté ouvert. Différent du plan initial, mais aligné avec l'objectif réel : partir, sereinement, sans précipitation.
Le freelancing nous a donné, à elle et à moi, une liberté qu'on n'imaginait pas avant. La maison nous a appris que le plan compte moins que la capacité à s'adapter sans perdre la vision.
Si tu as lu la lettre #1, tu sais que j'ai refusé une offre full remote à 450 €/jour. Parce qu'on voulait voyager à 100%, pas caler des visios entre deux trains. Ce choix-là, je n'aurais pas pu le faire sereinement sans le loyer de cette maison qui tombe chaque mois.
Même quand les choses semblent difficiles, la vision et le passage à l'action permettent d'avancer.
Je préfère vivre de mon plein gré plutôt que de regrets.
Et toi, il y a un projet que tu as dû réajuster en cours de route, mais qui a fini par te rapprocher de ce que tu voulais vraiment ?
Réponds à ce mail, je lis tout.
Vivi
P.S. Si cette lettre t'a parlé, forward-la à un pote qui hésite à se lancer dans un projet parce que "le plan n'est pas parfait". Le lien d'inscription : Souscrire
P.P.S. Le pilier "lieu de vie" et "finances" font partie des 3 axes sur lesquels j'accompagne les pros de la tech. Si tu veux qu'on regarde le tien, réserve un appel découverte (gratuit, 30 min) : Appel découverte