Salut à toi,

Travailler en full remote peut sembler simple. Construire une vie qui reste agréable dans quelques années, c'est une autre histoire.

Vendredi dernier, j'ai participé en tant qu'invité à un webinar consacré au freelancing full remote. Le webinar visait surtout les freelances, mais en y repensant, les sujets qu'on a abordés concernent un public large : n'importe qui bosse en full remote aujourd'hui, que tu sois salarié, freelance ou indépendant comme moi.

Le thème était assez simple : comment faire pour durer dans le temps ?

On a parlé pendant une heure de trois sujets qui peuvent sembler très différents au premier abord :

La santé mentale et l'équilibre de vie.
L'hygiène financière.
L'employabilité.

Et en y repensant le lendemain, je me suis rendu compte qu'ils avaient tous le même point commun. Ils déterminent ta capacité à rester libre, peu importe ton statut.

Je suis freelance depuis 2022. Je n'ai pas été en mission sans interruption depuis. Et je ne prétends évidemment pas avoir le recul de quelqu'un qui bosse en full remote depuis 15 ans. Mais j'ai vécu suffisamment de hauts et de bas pour avoir compris quelque chose : le plus difficile n'est pas forcément de se lancer en full remote. Le plus difficile, c'est de construire un système qui fonctionne aussi quand tout ne se passe pas comme prévu.

1. La liberté peut devenir un piège

Quand on parle de full remote, on pense rapidement à la liberté. Travailler depuis chez soi. Choisir ses horaires. Pouvoir voyager. Ne plus avoir de trajet domicile-bureau. Et éventuellement travailler depuis Chiang Mai, Bali, ou n'importe quel endroit avec une bonne connexion internet.

Je vis actuellement à Bali (Chiang Mai reste ma base, pour l'instant). Il y a quelques années, ça aurait probablement ressemblé pour moi à la définition parfaite de la liberté.

Mais il y a un problème dont on parle beaucoup moins. La liberté enlève aussi énormément de contraintes. Et les contraintes ont parfois une utilité.

Quand tu vas au bureau, tu sais généralement quand ta journée commence. Tu croises des collègues. Tu as une séparation physique entre ton travail et ta vie personnelle. Tu rentres chez toi.

En full remote, tout peut se mélanger. Tu peux travailler à 22h parce que ton client ou ton équipe est en France. Répondre à Slack pendant ton dîner. Travailler depuis ton canapé. Passer plusieurs jours sans véritable interaction sociale.

C'est probablement l'argument le plus utilisé contre le full remote : l'isolement.

Une des questions posées pendant le webinar était justement celle-là : comment faire contre l'isolement ?

Ma réponse tient en deux parties.

La première, c'est de mixer les lieux de travail. Je ne travaille jamais uniquement depuis chez moi. Un mix entre cafés, coworking et maison. Rien que changer de décor plusieurs fois par semaine évite de se sentir enfermé.

La deuxième, c'est de créer des interactions sociales en dehors du travail, via le sport ou des activités extra-professionnelles. Concrètement : à Bali, à Hoi An et à Chiang Mai, il existe des groupes WhatsApp pour aller courir, ouverts à tous les niveaux. Et à Chiang Mai, des groupes Facebook pour partir en randonnée autour de la montagne. Je m'en sers dans chaque nouvelle ville. Ça remplace, à sa manière, les collègues qu'on croise au bureau.

C'est pour cela que je pense que le full remote demande paradoxalement plus de structure que le travail traditionnel. Il faut parfois créer soi-même les contraintes que le bureau imposait naturellement. Des horaires. Un espace de travail. Du sport. Des activités sociales. Des moments où l'ordinateur est complètement fermé.

La liberté fonctionne mieux quand elle est accompagnée d'un cadre.

2. Ta rémunération ne suffit pas à te sécuriser

Le deuxième sujet est beaucoup moins sexy. L'argent. Pourtant, il change énormément la manière dont tu vis le full remote, que tu sois payé en salaire ou en TJM.

Quand tes revenus sont réguliers, il est facile de croire que ton niveau de vie est soutenable. Puis arrive une période plus difficile : une mission qui s'arrête, une entreprise qui licencie, un client qui disparaît. Et soudain, tu regardes ton compte bancaire différemment.

C'est là que j'ai compris qu'il fallait distinguer deux choses : gagner beaucoup d'argent et être financièrement solide. Ce n'est pas la même chose.

Quelqu'un peut très bien gagner correctement sa vie et rester fragile financièrement. S'il dépense quasiment tout ce qu'il gagne, s'il n'a pas de trésorerie et qu'il dépend entièrement de son revenu du mois, son niveau de vie ne lui apporte finalement pas tant de liberté que ça.

À l'inverse, quelqu'un qui gagne moins mais maîtrise son coût de vie et possède plusieurs mois de trésorerie peut avoir beaucoup plus de marge de manœuvre.

La question intéressante n'est donc pas seulement : "Combien est-ce que je gagne ?" Mais plutôt : "Combien de temps puis-je continuer à vivre normalement si mes revenus s'arrêtent demain ?"

C'est une question que je trouve beaucoup plus révélatrice de la solidité d'une situation financière. Et elle change aussi ton rapport au travail.

Quand tu as besoin de ton prochain salaire ou de ton prochain contrat pour payer tes dépenses du mois suivant, tu n'es pas vraiment libre de dire non. Quand tu peux tenir plusieurs mois, tu peux attendre. Négocier. Refuser ce qui ne te convient pas. Prendre le temps de chercher mieux.

La trésorerie n'est donc pas seulement une sécurité financière. C'est aussi une forme de liberté professionnelle.

3. Ta meilleure sécurité, ce sont tes compétences

Le troisième sujet abordé pendant le webinar m'intéresse particulièrement en tant que QA. L'employabilité.

Quand tu es salarié, une partie de ta sécurité vient de ton contrat. En freelance ou en mission, elle vient beaucoup plus directement de ta capacité à retrouver un projet. Mais dans les deux cas, cette capacité n'est jamais acquise définitivement.

Les technologies évoluent. Les outils évoluent. Les métiers évoluent. Ce qui était très recherché il y a quelques années peut devenir beaucoup moins intéressant demain.

Je l'ai moi-même vécu dans mon parcours. J'ai commencé dans le développement. Puis je me suis spécialisé dans la QA. J'ai évolué vers des rôles de plus en plus avancés. Et aujourd'hui, je continue à développer mes compétences, notamment autour de l'automatisation et de l'IA appliquée au métier de QA.

Je ne fais pas ça uniquement parce que j'aime apprendre. Je le fais aussi parce que je considère que mon employabilité fait partie de mon patrimoine.

Mon ordinateur peut tomber en panne. Une mission peut s'arrêter. Une entreprise peut traverser une mauvaise passe. Mais si mes compétences restent utiles et que je sais démontrer leur valeur, je conserve une capacité à générer des revenus.

C'est probablement l'un des meilleurs investissements qu'on puisse faire, en full remote ou pas. Pas forcément apprendre toutes les nouvelles technologies. Mais rester suffisamment proche de son marché pour comprendre ce qui devient utile. Et surtout, savoir évoluer avant d'y être obligé.

4. Les trois piliers sont liés

C'est finalement ce que je retiens le plus de ce webinar. Santé. Finance. Employabilité. On pourrait les considérer comme trois sujets indépendants. Mais ils se renforcent mutuellement.

Si tu es financièrement fragile, tu peux accepter des missions ou des postes qui t'épuisent. Si tu es épuisé, tu apprends moins bien et tu prends moins soin de tes compétences. Si tes compétences deviennent obsolètes, tu peux avoir plus de difficulté à retrouver quelque chose. Et si tu es isolé, stressé par l'argent et inquiet pour ton avenir professionnel, la liberté du full remote peut rapidement perdre une partie de son intérêt.

À l'inverse, ces trois piliers peuvent aussi se renforcer positivement. Un coût de vie maîtrisé te permet de prendre de meilleures décisions professionnelles. De bonnes compétences te permettent de rebondir plus facilement. Une bonne hygiène de vie te permet de continuer à apprendre et à travailler efficacement. Et tout cela augmente ta liberté.

C'est probablement pour cela que je ne vois plus vraiment le full remote comme un simple mode de travail. Je le vois davantage comme un système. Un système qui doit pouvoir fonctionner même lorsqu'il y a un creux entre deux missions ou deux postes. Même lorsqu'un client ou un manager est difficile. Même lorsqu'une technologie change. Même lorsque tu changes de pays. Même lorsque tu as simplement une mauvaise période.

Et je pense que c'est une distinction importante. Parce qu'on peut parfaitement réussir son passage au full remote sans avoir construit quelque chose de durable. Tu peux avoir un bon salaire ou un bon TJM. Une belle photo depuis Bali. Et pourtant être extrêmement fragile derrière.

La vraie question devient alors : "Est-ce que la vie que je suis en train de construire est suffisamment solide pour que je puisse continuer à la vivre dans quelques années ?"

Je n'ai pas encore la réponse définitive. Et je ne pense pas qu'il y en ait une. Mais c'est une question que je préfère me poser maintenant plutôt que lorsque je serai obligé de changer.

Parce que le but du full remote n'est pas simplement de travailler où tu veux. C'est de construire suffisamment de liberté pour pouvoir choisir comment tu veux vivre.

Et cette liberté ne repose pas sur un seul revenu. Elle repose sur ta santé, ton argent et ta capacité à rester utile.

Le full remote te donne la liberté de choisir. À toi de construire les conditions qui te permettent réellement de choisir.

Avant de te laisser, un exercice.

Prends ces trois piliers : santé, argent, compétences. Note-toi sur 10 pour chacun, là, maintenant.

Lequel a la note la plus basse ? C'est probablement celui sur lequel il faut agir en premier, pas forcément celui qui te stresse le plus sur le moment.

À dimanche prochain,

Vivi

P.S. Si cette lettre t'a parlé, transfère-la à quelqu'un qui bosse en full remote (salarié, freelance ou indépendant) et qui n'a jamais vraiment pris le temps d'y réfléchir. Lien d'inscription : vivitofu.com/subscribe

P.P.S. Et toi, entre santé, argent et compétences, lequel te sécurise le plus aujourd'hui ? Et lequel négliges-tu le plus ? Réponds à ce mail, je lis tout.