Salut à toi,

Cette semaine, je vais te parler d'un mot que je ne crois plus sur parole dans une offre d'emploi. Et de ce qu'onze mois sans mission m'ont appris sur la différence entre chercher un poste et chercher une vie.

Onze mois, deux moitiés

Ma dernière mission s'est terminée en septembre 2025. J'étais QA Lead sur une migration qui coordonnait une trentaine d'équipes réparties sur trois continents, un poste qui a occupé tout l'été. Depuis, aucune nouvelle mission QA. Onze mois, si je compte jusqu'à aujourd'hui, et onze mois sans rentrée d'argent stable.

Ces onze mois se découpent en deux moitiés très différentes. D'octobre-novembre 2025 à mai-juin 2026, j'ai mis presque toute mon énergie dans mon projet perso, mon activité de coaching. Pas de code, pas de veille technique, une autre partie de ma vie professionnelle qui prenait toute la place. Puis en juin 2026, j'ai tranché : retour vers la QA. Remise à niveau sur l'IA appliquée aux tests, et surtout, premiers pas sérieux sur Playwright, que je découvrais quasiment de zéro. Trois mois de rattrapage technique condensé, avec même l'idée, encore en réflexion, de me faire accompagner pour aller plus vite sur Playwright plutôt que d'apprendre seul dans mon coin.

Deux moitiés, donc, une décision au milieu, et un compte en banque qui n'a pas connu de rentrée stable sur toute la période. Je le dis sans dramatiser : ce n'est pas un aveu de galère, c'est juste un fait qui pèse dans les choix qui suivent.

Le mot qui ne suffit plus

Parce que quand ça fait des mois que rien ne rentre, la tentation, c'est de dire oui au premier truc qui ressemble à une opportunité. Et là, un mot revient sans arrêt dans les offres que je regarde : "remote". Sauf qu'à force d'en lire, j'ai fini par ne plus le croire sur parole.

Le schéma se répète plus souvent que je ne l'aurais cru : le titre de l'annonce affiche "full remote" en gros, et puis, deux paragraphes plus bas, une précision s'invite discrètement. Rattachement France uniquement. Ou zone Europe. Parfois un fuseau horaire imposé qui revient au même déguisé autrement. Ce n'est plus du remote, c'est du présentiel avec un mot marketing pour faire passer la pilule.

Alors je me suis fixé une règle, simple à énoncer, plus difficile à tenir quand le compte en banque regarde par-dessus ton épaule : "remote" doit vouloir dire remote, sans astérisque caché dans le troisième paragraphe. Et onze mois sans mission n'ont pas suffi à me faire baisser cette exigence.

Je ne suis probablement pas le seul dans ce cas. Pas mal de profils tech que je croise cherchent la même chose, sans toujours prendre le temps de vérifier avant de signer. On lit "remote", on se projette déjà dans le mode de vie qui va avec, et on découvre la restriction géographique une fois le contrat sur la table. À ce stade-là, c'est beaucoup plus dur de dire non.

Ce que la préparation d'un entretien révèle

En ce moment, je suis justement en plein processus pour un poste QA en CDI, full remote, sur un sujet qui me parle vraiment, pas juste une ligne de plus sur un CV. Cette fois, les cases essentielles sont cochées.

Et la préparation à l'entretien technique, elle, est en train de me montrer autre chose. Onze mois loin du terrain, même en travaillant en parallèle sur autre chose, ça laisse des traces. Je suis à l'aise sur la stratégie de test, sur les outils du navigateur, sur la lecture d'une requête API : c'est du terrain que je connais depuis des années. Beaucoup moins à l'aise avec du JavaScript en direct, sans filet, caméra allumée. Ce n'est pas un drame, c'est un point de départ honnête. Mais ça m'oblige à regarder en face une partie de mon métier que la routine ne m'aurait peut-être jamais forcée à examiner d'aussi près : la partie où je suis encore junior.

Ce qui m'aide à tenir la règle, honnêtement, ce n'est pas une conviction abstraite sur le full remote. C'est que je sais concrètement ce que je protège en la tenant. En ce moment, je suis à Bali, pas à Chiang Mai, et je commence à vraiment m'y attacher, au point de me demander si ce n'est pas là que je veux poser mes valises. Je n'ai encore rien tranché. Mais ce doute-là, je ne peux me le permettre que parce que rien ne m'oblige à décider dans l'urgence. Le retour en arrière, lui, se rattrape difficilement une fois qu'on a signé pour un poste qui choisit le lieu à ta place.

Le poste au service de la vie, pas l'inverse

Voilà ce que je retiens de ces onze mois, avec leurs deux moitiés bien distinctes. Il y a deux manières de chercher un emploi. La première : prendre ce qui passe, et réorganiser sa vie autour une fois le contrat signé. La seconde : décider d'abord de la vie qu'on veut garder, et chercher un poste qui rentre dedans, quitte à ce que la recherche dure plus longtemps, et que le compte en banque grince un peu au passage.

Ça ne veut pas dire être rigide sur tout. Le statut du contrat, CDI ou freelance, n'a jamais fait partie de mes critères non négociables. Si le poste est vraiment full remote et que le sujet me parle, je signe un CDI aussi facilement qu'une mission. Ce que je ne négocie pas, ce sont ces deux cases-là, pas la ligne juridique en bas du contrat.

J'ai choisi cette logique, sans toujours savoir si c'est le bon calcul. Ignorer les annonces "remote" qui ne le sont pas ne m'a pas rapproché plus vite d'une mission. Ça m'a juste évité d'en accepter une qui aurait cassé ce que j'ai mis du temps à construire. La carrière, dans mon cas, doit servir le mode de vie, peu importe la forme du contrat qui la porte. Même quand onze mois sans rentrée stable donnent envie de faire l'inverse, justement.

Avant de te laisser, un exercice.

Repense à ta dernière décision professionnelle : un poste accepté, une mission refusée, une négociation. Est-ce que c'est ta vie qui s'est pliée à l'offre, ou l'offre qui a dû rentrer dans ta vie ? Il n'y a pas de bonne réponse universelle. Mais la question mérite d'être posée avant de signer, pas après.

À dimanche prochain,

Vivi

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P.P.S. Et toi, ta carrière sert ton mode de vie, ou c'est encore l'inverse ? Réponds à ce mail, je lis tout.