Salut à toi,

Dans ma dernière lettre, je te parlais d'efficacité. Et en P.P.S., j'avais promis de revenir avec des observations sur Chiang Mai après ce voyage en Chine.

Me voilà de retour.

Et ce que j'ai ramené, c'est la réponse concrète à une question que je croyais avoir déjà comprise : qu'est-ce qui rend un endroit vraiment bon pour travailler et bien vivre ?

Le cadre presque parfait

Pendant trois semaines, j'ai vécu à Chengjiang. Une petite ville du Yunnan, à une cinquantaine de minutes de Kunming.

À 10 minutes de scooter électrique : le lac Fuxian. L'un des lacs les plus profonds de Chine. Des eaux claires, des montagnes tout autour.

À 3 minutes à pied : le centre-ville. Des restaurants, un marché, des cafés.

Le logement : 65 yuans la nuit. Environ 8 euros. Bien équipé, propre.

Et le climat : entre 18 et 25 degrés. Peu d'humidité. De la pluie quelques heures par jour, qui rafraîchit l'air sans jamais vraiment gêner. Pas besoin de climatisation pour travailler.

Sur le papier, c'était probablement un meilleur environnement que Chiang Mai.

Les premiers jours

Je n'ai presque pas travaillé.

Deux heures ici, trois heures là. Beaucoup de marche. Beaucoup de repos. Des discussions avec des locaux. Des appels. De la méditation.

Ce n'était pas de la paresse. C'était quelque chose de différent.

Je cherchais à comprendre comment vivre dans cet environnement.

Où manger ? Comment me déplacer ? Est-ce que je peux rester deux heures dans cet endroit sans que ça devienne compliqué ?

J'ai fini par trouver un café dans le centre de Chengjiang. Un peu caché, difficile à repérer si on ne le cherche pas.

Calme. Bon wifi. Une table assez grande pour travailler.

La plupart du temps, j'étais le seul client. Parfois, un couple venait bosser sur leur ordinateur. Parfois, des gens arrivaient, s'asseyaient et allumaient une cigarette.

C'était mon meilleur endroit pour travailler là-bas. Et même là, je ne restais pas plus de 4 ou 5 heures.

Ce que j'avais sous-estimé

Mon logement avait quelques particularités.

Des toilettes à la turque. Seul à la maison, ça ne prend que quelques secondes. Mais c'est le genre de petit détail qui s'accumule.

Juste à côté : un KTV. Chaque soir, les karaoké commençaient. Parfois jusque tard dans la nuit. Pas insupportable. Mais présent.

Et au rez-de-chaussée, un restaurant. Des odeurs qui remontaient selon les heures.

Rien de dramatique. Mais chaque soir, une petite friction. Chaque matin, une autre.

Je pense que ces détails ont joué sur ma perception de tout le séjour. Pas de façon évidente. De façon silencieuse.

Ce que Chiang Mai a que Chengjiang n'avait pas

Quand je suis rentré à Chiang Mai, j'ai réalisé quelque chose d'évident.

Il y fait beaucoup plus chaud. Autour de 30 degrés la journée, 23 la nuit. L'humidité est forte. Objectivement, le climat est moins agréable.

Mais je connais cette ville.

Je connais mes cafés. Ceux où on ne fume pas, où le wifi est stable, où on peut rester 5 heures sans se sentir obligé de consommer en permanence.

Je connais les centres commerciaux où travailler quand la chaleur devient trop forte.

Je sais où manger. Comment me déplacer. Où aller marcher quand j'ai besoin de souffler.

Je connais les petits détails qui, réunis, font qu'une journée se déroule sans que j'aie besoin d'y penser.

Et cette connaissance a une valeur que j'avais complètement sous-estimée.

Les micro-frictions qu'on ne voit pas

On parle souvent d'environnement de travail en termes de climat, d'internet, de coût de la vie.

Mais ce qui consomme vraiment de l'énergie, ce ne sont pas les grandes décisions. Ce sont les petites.

Où est-ce que je vais manger ce soir ? Est-ce que ce café va convenir ? Est-ce que je vais trouver où m'asseoir ? Est-ce que les toilettes seront correctes ?

Des questions banales. Mais quand on se les pose tous les jours dans un environnement qu'on ne maîtrise pas encore, elles coûtent quelque chose.

Pas beaucoup. Mais chaque jour. Et ça s'accumule.

À Chengjiang, je me posais encore ces questions après deux semaines. À Chiang Mai, je ne me les pose presque plus.

C'est ça, la différence entre un environnement objectivement bon et un environnement qui fonctionne pour toi.

Ce que ça change

Je pensais chercher le meilleur endroit pour vivre.

Je cherche maintenant un endroit dans lequel je peux rapidement construire une vie qui fonctionne.

Pas le meilleur climat. Pas la plus belle nature. Pas le coût de la vie le plus bas.

Un endroit qui me demande le moins d'énergie pour vivre la vie que je veux.

C'est une différence subtile. Mais elle change complètement les critères.

Et je la ramène aussi dans mon travail.

Dans la lettre précédente, je parlais de supprimer les étapes inutiles. Cette semaine, j'ajoute une nuance : repérer les frictions invisibles.

Pas seulement les choses qu'on fait sans raison. Mais les petites choses qui, répétées chaque jour, coûtent de l'attention sans qu'on s'en aperçoive.

En rentrant à Chiang Mai, je vais regarder mes routines de travail différemment. Ce que je remets en question systématiquement. Ce que je relis trois fois alors qu'une suffit. Ce que je reporte chaque soir parce que je n'ai plus l'énergie d'y réfléchir.

Ce n'est pas de la procrastination. C'est un signal.

Ce que je retiens vraiment

Je ne cherche pas le meilleur endroit pour travailler.

Je cherche l'endroit dans lequel je cesse de chercher.

Un endroit suffisamment familier pour que mon cerveau n'ait plus besoin de s'adapter en permanence. Et suffisamment stimulant pour que je continue à avancer.

Avant de te laisser, un exercice.

Pense à l'endroit où tu travailles le plus souvent. Ton bureau, ton café habituel, ta pièce.

Demande-toi : qu'est-ce qui génère une petite friction, même infime, chaque fois que tu t'y installes ? Un bruit. Un manque de lumière. Une connexion instable. Une chaise inconfortable.

Pas grand-chose individuellement. Mais tu seras peut-être surpris de voir ce que ces petites choses te coûtent sur la durée.

À dimanche prochain,
Vivi

P.S. Si cette lettre t'a parlé, transfère-la à quelqu'un qui réfléchit à vivre ou travailler ailleurs. Parfois, la vraie question n'est pas "quel est le meilleur endroit ?" mais "quel est celui qui me demande le moins d'efforts pour bien vivre ?" Lien d'inscription : vivitofu.com/subscribe

P.P.S. Et toi, tu as un endroit où tu travailles particulièrement bien ? Ou au contraire un endroit qui te coûte plus d'énergie que tu ne le réalises ? Réponds à ce mail, je lis tout.