Salut à toi,

Pendant longtemps, j'ai cru qu'une carrière se construisait de la même manière pour tout le monde.

On choisit des études. Puis un métier. Puis une entreprise. On essaie de progresser, d'obtenir un meilleur salaire, davantage de responsabilités. Et, si tout se passe bien, on finit par construire la vie que l'on souhaite.

Je ne remets pas ce modèle en question. Il fonctionne très bien pour beaucoup de personnes. C'est simplement celui que je pensais devoir suivre.

Le chemin par défaut

Quand j'ai obtenu mon diplôme d'ingénieur en génie mécanique en 2016, je ne me suis jamais demandé où j'avais envie de vivre. Je me demandais dans quel secteur je voulais travailler. Les énergies renouvelables me semblaient une piste cohérente avec mes études et mes valeurs. Je me voyais y construire quelque chose.

La suite ne s'est pas déroulée comme prévu.

Après plusieurs mois de recherches et d'entretiens, je me suis orienté vers le développement informatique. Puis vers la qualité logicielle. Quelques années plus tard, je suis devenu freelance. À chaque étape, je pensais prendre une décision professionnelle. Avec le recul, je réalise que je préparais sans le savoir quelque chose de beaucoup plus large.

Neuf mois pour comprendre

En 2023, ma compagne et moi avons quitté la France avec un projet un peu particulier : rejoindre Bali sans prendre l'avion, en privilégiant le train, le bus et le bateau.

Au départ, ce voyage représentait surtout une aventure. Une envie de voir autre chose, de ralentir, de découvrir le monde autrement. Je ne pensais pas qu'il allait transformer ma façon de réfléchir au travail.

Pendant neuf mois, nous avons traversé quinze pays. Et au fil des semaines, une évidence s'est imposée.

Le lieu où l'on vit influence énormément notre manière de travailler.

Je ne parle pas seulement du climat ou des paysages. Je parle de toutes ces petites choses auxquelles on ne prête plus attention lorsqu'elles deviennent notre quotidien.

Le bruit en ouvrant les fenêtres.
Le temps nécessaire pour aller faire du sport.
La facilité de rencontrer des gens.
Le coût d'un repas.
La possibilité de marcher.
Le niveau de stress dans les transports.
Le temps passé dehors.

Aucune de ces choses ne semble décisive prise séparément. Mais mises bout à bout, elles changent profondément la qualité d'une journée. Et une journée répétée plusieurs centaines de fois finit par façonner une vie.

C'est probablement la plus grande leçon que j'ai retenue de ce voyage.

Ce qui fait vraiment la différence

Pendant longtemps, j'avais cherché le travail qui me rendrait heureux. Je me suis progressivement rendu compte que le travail n'était qu'une partie de l'équation.

On peut aimer son métier tout en ne se sentant pas à sa place. À l'inverse, on peut exercer exactement le même métier dans un autre environnement et retrouver une énergie complètement différente.

Aujourd'hui, cette réflexion influence presque toutes mes décisions.

Lorsque l'on me demande pourquoi je vis à Chiang Mai, beaucoup imaginent que la réponse tient au coût de la vie. D'autres pensent immédiatement au climat. Les deux jouent un rôle. Mais ils ne suffisent pas à expliquer pourquoi je me sens bien ici.

Ce qui fait la différence, ce sont les détails.

Je me réveille avec le chant des oiseaux plutôt qu'avec le bruit de la circulation. Je peux aller marcher quelques minutes avant de commencer ma journée. Quand je n'ai pas envie de cuisiner, je trouve facilement un repas végétarien varié à quelques dizaines de mètres. Je peux rejoindre un cours de natation, de football, de muay thaï ou d'acroyoga en quelques minutes.

Je passe moins de temps à gérer mon quotidien et davantage à faire ce qui compte vraiment pour moi.

Aucun de ces éléments n'est spectaculaire. Ensemble, ils changent mon équilibre.

L'inversion

Et c'est précisément là que j'ai inversé l'ordre de mes priorités.

Pendant des années, je cherchais d'abord le bon travail. Aujourd'hui, j'essaie d'abord de construire un mode de vie qui me ressemble. Ensuite seulement, je cherche le travail compatible avec cette vie.

La nuance peut sembler faible. Pour moi, elle change tout.

Cela ne signifie pas que je suis devenu moins ambitieux. J'aime toujours autant apprendre. J'aime résoudre des problèmes. J'aime travailler avec des équipes produit et techniques. Mais je ne suis plus prêt à accepter n'importe quel cadre simplement parce que le poste est intéressant.

Je préfère parfois renoncer à une opportunité qui ne correspond pas à la vie que je veux construire plutôt qu'accepter un compromis qui finira par me frustrer.

Pendant longtemps, j'aurais considéré cela comme un luxe. Aujourd'hui, je pense que c'est surtout une question de cohérence.

Cette réflexion explique aussi beaucoup de choses que je fais en ce moment. Pourquoi je continue à développer Vivi Tofu. Pourquoi je documente publiquement mon parcours sur LinkedIn. Pourquoi je me forme de nouveau à l'automatisation, plusieurs années après être devenu QA. Pourquoi je regarde avec attention les postes en full remote.

Toutes ces décisions semblent différentes. En réalité, elles répondent à la même question : comment continuer à exercer un métier que j'aime tout en gardant la liberté de choisir où et comment je vis ?

Je n'ai pas encore toutes les réponses. Je suis encore en train de construire cette vie.

Mais il y a une chose dont je suis certain aujourd'hui.

Pendant longtemps, je pensais que mon travail déterminerait ma vie. Je crois désormais que c'est l'inverse. Plus je clarifie la vie que j'ai envie de construire, plus il devient simple de savoir quelles opportunités accepter... et lesquelles laisser passer.

C'est probablement le changement de perspective qui a le plus influencé mes décisions ces dernières années.

À dimanche prochain,
Vireak

P.S. — Si cette réflexion résonne avec toi, je suis curieux de savoir où tu en es. Tu peux répondre directement à cet email, DM ouvert.

P.P.S. — La semaine prochaine, je t'écris depuis la Chine. Trois semaines pour découvrir un pays que j'avais traversé en train en 2023... mais cette fois, je m'y arrête.

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